Notre méthode
Scolarimètre classe les collèges et lycées sur ce qu'ils apportent à leurs élèves — jamais sur la sociologie de leur quartier. Cette page explique exactement comment, avec quelles données, quels calculs et quelles limites. Elle est longue à dessein : une mesure qui prétend juger des établissements doit pouvoir être jugée elle-même.
Le problème des palmarès classiques
Chaque année, des classements d'établissements paraissent, fondés sur les taux de réussite au brevet ou au baccalauréat. Ces palmarès mesurent surtout une chose : le profil social des élèves accueillis. Un lycée de centre-ville qui sélectionne des élèves très favorisés et affiche 99 % de réussite n'a pas nécessairement mieux travaillé qu'un établissement de quartier populaire qui amène 85 % de ses élèves au diplôme. Il est même possible qu'il ait moins bien travaillé : ses élèves auraient peut-être réussi à 99 % ailleurs aussi.
Classer sur les taux bruts revient donc, pour l'essentiel, à classer les quartiers. Ce n'est utile ni aux familles, ni aux équipes éducatives, et c'est injuste envers les établissements qui accomplissent un vrai travail avec des publics difficiles.
La valeur ajoutée : comparer l'obtenu à l'attendu
Le ministère de l'Éducation nationale calcule et publie, pour chaque établissement, des indicateurs de valeur ajoutée (IVAC pour les collèges, IVAL pour les lycées). Le principe : estimer les résultats attendus d'un établissement compte tenu des caractéristiques de ses élèves (profil social, niveau à l'entrée, âge), puis mesurer l'écart entre ces résultats attendus et les résultats réellement obtenus.
Un établissement dont les élèves réussissent à 86 % alors que leur profil laissait attendre 79 % a une valeur ajoutée de +7 points : il apporte à ses élèves plus que ce que des établissements comparables apportent aux leurs. Un établissement à 93 % de réussite quand 96 % étaient attendus a une valeur ajoutée de −3 points, malgré son taux brut flatteur.
C'est cette mesure — et uniquement elle — qui fonde le score Scolarimètre. Nous n'utilisons jamais les taux bruts pour classer. Ils sont affichés sur chaque fiche, à titre d'information, mais n'entrent pas dans le score.
Le score Scolarimètre, pas à pas
Le score affiché sur chaque fiche, de 0 à 100, est construit ainsi :
1. Une moyenne sur les sessions récentes. Les résultats d'une seule année sont volatils : une cohorte particulière, un incident, un hasard statistique suffisent à les faire bouger. Nous visons donc les trois dernières sessions publiées pour l'établissement et nous moyennons leurs valeurs ajoutées. Un bon résultat isolé peut être de la chance ; trois années au-dessus de l'attendu, c'est un effet établissement.
Trois sessions, c'est la cible, pas une garantie. Le ministère ne publie pas une valeur ajoutée sur chacune d'elles à tous les coups : non-publication ponctuelle, ou effectif passé sous le seuil réglementaire cette année-là. Le score repose alors sur les seules sessions réellement publiées — deux, parfois une. Près d'une fiche à score sur dix est dans ce cas. Nous ne comblons pas le trou et nous ne l'escamotons pas : la fiche écrit ce qu'elle a réellement utilisé (« 2 des 3 dernières sessions »), et la marge d'incertitude est élargie en conséquence — voir la section suivante.
2. Un lissage selon la taille. Une valeur ajoutée de +6 points calculée sur 45 candidats est bien moins informative que le même +6 sur 300 candidats. Sans correction, le haut et le bas des classements seraient truffés de petits établissements aux résultats extrêmes par simple hasard. Nous appliquons un lissage statistique (dit bayésien) qui rapproche d'autant plus la valeur ajoutée de zéro que l'effectif est faible : va_lissée = va × n / (n + 60), où n est le nombre moyen de candidats présentés sur la fenêtre. C'est une pratique standard en statistique ; elle rend les comparaisons honnêtes entre petits et grands établissements.
3. Une mise sur une échelle commune, indicateur par indicateur. Les valeurs ajoutées lissées ne sont pas comparables entre elles : celle du taux de réussite s'exprime en points de pourcentage, celle de la note à l'écrit du brevet en points sur 20, et elles ne s'étalent pas du tout de la même façon. Chaque indicateur est donc standardisé séparément, sur l'ensemble des établissements de même type (collèges entre eux, lycées entre eux) : sa valeur est convertie en écart à la moyenne nationale, mesuré en écarts-types. C'est seulement une fois ramenés à cette échelle commune que les indicateurs deviennent additionnables.
4. Une pondération réfléchie des indicateurs. Pour les collèges, la valeur ajoutée sur la note à l'écrit du brevet pèse davantage (65 %) que celle sur le taux de réussite (35 %) : le taux de réussite, proche de 90 % en moyenne nationale, est plafonné et discrimine mal, tandis que la note à l'écrit est une mesure continue et purement académique. Pour les lycées, nous combinons la valeur ajoutée du taux de réussite (30 %), celle du taux de mentions (30 %) et celle du taux d'accès de la seconde au baccalauréat (40 %) — ce dernier pèse le plus car il mesure la capacité d'un lycée à conduire ses élèves jusqu'au diplôme sans les écarter en route : un établissement qui « trie » ses élèves avant la terminale gonfle son taux de réussite mais dégrade son taux d'accès.
Ces poids s'appliquent aux écarts standardisés de l'étape 3, jamais aux valeurs ajoutées brutes — l'ordre compte. Une valeur ajoutée de note du brevet plafonne autour de +2 là où une valeur ajoutée de taux de réussite peut dépasser +20 : pondérer les valeurs brutes donnerait un score piloté à plus de 90 % par le taux de réussite, malgré son poids affiché de 35 %. C'est exactement l'inverse de ce que la pondération est censée faire.
Il arrive qu'une de ces composantes manque pour un établissement précis — le taux de mentions, par exemple, n'était pas publié par le ministère avant 2017. Dans ce cas, le score se calcule sur les seules composantes réellement disponibles pour cet établissement, les poids ci-dessus étant renormalisés entre elles : nous ne remplaçons jamais une donnée absente par une estimation, et nous ne mélangeons jamais des valeurs ajoutées brutes en dehors de cette pondération sur écarts standardisés. L'incertitude, elle, augmente en conséquence — d'autant plus que la part de poids disponible est réduite, selon le même principe que pour le nombre de sessions (voir la section suivante). Un score qui ne repose que sur deux composantes sur trois est donc publié avec une marge nettement plus large qu'un score complet, et les deux ne doivent pas être lus avec le même niveau de confiance.
5. Une conversion en score de 0 à 100. La moyenne pondérée de ces écarts standardisés est bornée à ±3 écarts-types, puis ramenée sur une échelle de 0 à 100 centrée sur 50. Un score de 50 signifie « conforme à l'attendu » ; les scores s'étalent au-dessus et en dessous selon l'ampleur de l'écart. La borne à ±3 écarts-types empêche une poignée de cas extrêmes d'écraser toute l'échelle : moins d'une fiche à score sur huit cents la touche, et celles-là affichent 0 ou 100 alors que leur écart réel est encore plus grand. Le percentile national affiché indique la part des établissements de même type, encore classés, qui font moins bien.
L'incertitude, toujours affichée
Aucune mesure statistique n'est exacte. Chaque score est publié avec sa marge d'incertitude — le « ±2,2 » qui le suit partout : sur la fiche, dans les classements, dans les palmarès. Cette marge est calculée, pas décorative, et elle dépend de deux choses.
Le nombre de candidats. La marge vaut 25 divisé par la racine carrée du nombre moyen de candidats présentés sur la fenêtre. Un établissement à 400 candidats obtient ±1,2 point ; à 45 candidats, ±3,7. Autrement dit, il faut quadrupler l'effectif pour diviser la marge par deux.
Le nombre de sessions réellement publiées. Une moyenne sur deux sessions est moins informative qu'une moyenne sur trois. La marge est donc multipliée par la racine carrée de 3 divisé par le nombre de sessions retenues : élargie d'environ 22 % à deux sessions, de 73 % à une seule. Sur les neuf dixièmes de fiches qui reposent bien sur trois sessions, ce facteur vaut exactement 1 et ne change rien. Concrètement, un établissement de 120 candidats dont une seule session porte une valeur ajoutée publiée affiche ±4,0 et non ±2,3.
Deux établissements dont les scores diffèrent de moins de 3 points ne sont pas départagés par nos données. C'est le seuil que nous appliquons, et il vaut la peine d'être dit précisément : nos listes sont numérotées dans l'ordre des scores, mais ce numéro est un ordre de présentation, pas un verdict. Quand deux scores voisins sont séparés par moins de 3 points, leurs marges se recouvrent et rien ne permet de dire lequel des deux fait mieux. La page qui publie des rangs explicites — le palmarès des collèges à public défavorisé — marque d'un « ≈ » chaque rang concerné et annonce combien de rangs ne sont pas significatifs. Quiconque utilise Scolarimètre pour opposer un score de 62 à un score de 60 fait un contresens sur nos données.
Les seuils de non-diffusion
Le ministère ne calcule pas de valeur ajoutée pour les établissements présentant trop peu de candidats — moins de 40 en série générale au brevet, moins de 20 au baccalauréat général et technologique, les deux examens sur lesquels reposent nos scores. Sous ces seuils, l'indicateur n'aurait pas de sens statistique et pourrait porter préjudice. Nous respectons strictement ces seuils. Les établissements concernés apparaissent sur Scolarimètre avec leurs informations générales et leurs taux bruts à titre indicatif, mais sans score et hors classement. Nous ne tentons jamais d'estimer ou de reconstituer une valeur ajoutée non publiée.
Ce que le score des lycées couvre, et ce qu'il ne couvre pas encore
Le score que nous publions pour un lycée repose sur les indicateurs de valeur ajoutée des voies générale et technologique : taux de réussite au baccalauréat, taux de mentions et taux d'accès du second cycle au baccalauréat. Ce sont les trois composantes détaillées plus haut, et ce sont les seules.
Le ministère publie séparément des indicateurs de valeur ajoutée pour la voie professionnelle (IVAL pro). Ils ne sont pas intégrés à notre score à ce jour : notre traitement ne charge pas ce jeu de données. Un lycée polyvalent est donc évalué sur sa seule voie générale et technologique, y compris quand la voie professionnelle y accueille davantage de candidats — le score décrit alors une minorité de l'établissement. Plus d'un tiers des lycées ayant une fiche sur Scolarimètre proposent une voie professionnelle. Les lycées dont l'offre est exclusivement professionnelle n'ont, pour la même raison, pas de fiche du tout.
Cette intégration est prévue pour une prochaine version ; nous ne fixons pas de date. Elle demande un traitement statistique propre : la valeur ajoutée de la voie professionnelle est calculée par le ministère contre une population de référence différente de celle des voies générale et technologique. Additionner les deux, ou les classer ensemble, reviendrait à comparer des mesures qui n'ont pas la même origine — exactement ce que ce site refuse de faire ailleurs. En attendant, nous préférons écrire noir sur blanc ce que le score couvre plutôt que de laisser croire qu'il couvre tout l'établissement.
L'IPS : mesurer le public accueilli, comparer à statut égal
L'indice de position sociale (IPS), publié par le ministère, résume le profil social des élèves d'un établissement (autour de 100 en moyenne nationale, de ~55 pour les publics les plus défavorisés à ~165 pour les plus favorisés). Nous l'affichons sur chaque fiche, car il est la clé de lecture de la valeur ajoutée : un score élevé avec un IPS faible signale un établissement remarquable.
Toutes nos comparaisons d'IPS se font à statut égal : un collège public est situé par rapport aux collèges publics de son département et de France, un établissement privé sous contrat par rapport aux établissements privés. Comparer l'IPS d'un établissement privé (en moyenne nettement plus favorisé) à une moyenne mêlant les deux statuts serait trompeur.
Les jumeaux statistiques
La comparaison la plus honnête n'est pas géographique mais sociologique. Pour chaque établissement, Scolarimètre identifie ses jumeaux statistiques : les établissements de France de même type dont l'IPS est à ±5 points du sien. La fiche indique le rang de l'établissement au sein de cette cohorte et présente ceux qui, à profil social voisin, obtiennent les meilleurs résultats. « Jumeaux » est une image, pas une identité : un écart d'IPS pouvant aller jusqu'à 10 points sépare les deux extrémités d'une cohorte, et l'IPS lui-même est une moyenne qui ne dit rien de la dispersion interne d'un établissement. Ces établissements n'accueillent donc pas les mêmes élèves, mais des élèves au profil social comparable — c'est déjà bien plus honnête qu'une comparaison de voisinage, et cela suffit à donner un ordre de grandeur de l'atteignable.
Ce que le score ne dit pas
Par honnêteté, autant que par méthode : le score Scolarimètre ne mesure ni le climat scolaire, ni le bien-être des élèves, ni la richesse des options et des projets, ni la qualité de la vie dans l'établissement — autant de dimensions essentielles qu'aucune donnée publiée ne capture aujourd'hui de façon fiable. Il ne prédit pas la réussite d'un élève en particulier : la valeur ajoutée est une moyenne, pas un destin individuel. Il ne dit rien des écoles primaires, pour lesquelles aucun indicateur de résultat n'est publié. Et il reflète les données des sessions passées : une équipe de direction change, un établissement évolue.
Le score est un outil d'éclairage parmi d'autres. Rien ne remplace une visite, une porte ouverte, une conversation avec les équipes et les familles.
Nos sources
Toutes nos données proviennent des jeux de données publics du ministère de l'Éducation nationale et de la jeunesse, produits par la DEPP (direction de l'évaluation, de la prospective et de la performance), diffusés sur data.education.gouv.fr sous Licence Ouverte Etalab 2.0 : indicateurs de valeur ajoutée des collèges (IVAC) et des lycées (IVAL), indices de position sociale (IPS), et annuaire de l'éducation. Nous n'inventons, n'estimons ni n'extrapolons jamais une donnée absente. Les valeurs ajoutées sont des indicateurs officiels ; leur agrégation en un score unique est notre méthodologie propre, décrite ci-dessus, et n'engage que nous.
Scolarimètre est un site indépendant, sans aucun lien avec le ministère de l'Éducation nationale.
Une erreur ? Un désaccord ?
Chefs d'établissement, équipes, parents : si vous constatez une donnée inexacte sur une fiche, écrivez-nous à contact@scolarimetre.fr en précisant l'établissement (UAI si possible) et la donnée en cause. Nous vérifions contre la source ministérielle et corrigeons sous quelques jours si l'erreur est avérée. Si vous contestez la méthode elle-même, cette page est notre réponse — mais nous lisons tous les arguments, et la méthodologie a vocation à s'améliorer, publiquement, millésime après millésime.
Dernière mise à jour : 17 septembre 2026. Données : valeur ajoutée DEPP — sessions 2023-2025 pour la quasi-totalité des établissements (la fenêtre correspond aux trois dernières sessions disponibles pour chaque établissement, indiquée sur sa fiche). Indice de position sociale : rentrée 2025-2026.